L’écologie et les toilettes sèches

Du pourquoi au comment

 

Le contexte environnemental

 

  • L’eau, une ressource surconsommée en France

D’après la Compagnie des Eaux de Paris et du Service Public d’Informations sur l’Eau, les français consomment en moyenne 150 litres d’eau par jour. Soit 21% utilisés pour les sanitaires: 32 litres d’eau en moyenne par personne et par jour. Sachant que cette même eau est potable, car provenant des mêmes canalisations d’eau que pour celle du robinet ou de la douche, il devient criant que nous surconsommons cette ressource pourtant si essentielle. Une denrée pourtant toujours inégalement distribuée en France et dans le monde¹.

  • Inégalité d’accès

Selon l’Union fédérale des consommateurs Que choisir, il y aurait encore en France 2 millions de personnes qui ne reçoivent pas une eau du robinet conforme aux critères réglementaires. Dans le monde il reste 2,5 milliards de personnes sans accès à des installations sanitaires. Et à l’échelle mondiale il y a encore 786 millions de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable, soit une personne sur 10.

  • Des traitements qui coûtent très cher à l’environnement et à la collectivité

Les déchets organiques, en particulier les excréments, contiennent des germes pathogènes (virus, bactéries) véhiculés par l’eau. On parle de pollution microbiologique car ces germes peuvent provoquer des maladies aussi graves comme le choléra. Aujourd’hui, cette pollution des eaux continentales a fortement diminué dans les pays industrialisés grâce à la mise en service de stations d’épuration qui assurent le nettoyage des eaux usées avant leur rejet dans la nature².

En parallèle, en 2002 l’Institut Français de l’Environnement, l’IFEN, a montré que 40 % des dépenses d’environnement des communes et de leurs regroupements, soit 8 milliards d’euros, sont consacrés à la gestion, la distribution et l’assainissement de l’eau chaque année. En 2009 ce chiffre est passé à 11 milliards de dépenses. L’assainissement des eaux correspond à l’ensemble des procédés visant à dépolluer l’eau usée avant son retour dans le milieu naturel ou sa réutilisation. Le traitement des eaux dites grises, issues des douches, lavabos, et machines de lavages, se fait assez facilement. A l’inverse les urines et les fèces (excréments et papier) sont bien plus difficiles à éliminer lors du processus d’assainissement des eaux usées, et donc bien plus coûteux à la collectivité. En effet, les boues formées par les déchets organiques dans les stations d’épurations constituent un casse-tête en termes de traitements successifs, et n’amènent pas à une dépollution totale des matières. Leur valorisation est controversée et leur élimination nécessitent des coûts supplémentaires. Enfin, nous produisons en moyenne 1,5 Litres d’urine par personne par jour. Extrapolé à la dimension d’un pays comme la France cela revient à en moyenne à plus de 100 million de Litres à traiter par jour !³

Il apparaît ainsi que le non traitement de nos excréments est inenvisageable d’un point de vue sanitaire. Cependant tant d’un point de vue économique et d’un point de vue durable, les traitements actuels de nos excréments sont insuffisants. D’autres voies plus économiques et plus respectueuses de l’environnement sont néanmoins possibles : la démocratisation des toilettes sèches !

 

Une alternative écoresponsable

 

  • Le principe des toilettes sèches

Les toilettes sèches, comme leur nom le laisse entendre, sont des sanitaires n’utilisant pas d’eau, combinés à une ventilation pour éviter toute odeur. Les excréments ne sont donc pas évacués mais peuvent être récupérés. Leur utilisation permet ainsi l’économie de 32 litres d’eau potable par jour et par personne. Le cycle de l’eau est également respecté car les excréments ne sont plus envoyés en stations d’épuration pour être traités, et ne forment donc plus les fameuses boues dont on a tant de mal à se débarrasser. Au contraire ils constituent alors une ressource naturelle qui peut être exploitée: soit en produisant un (bio-)gaz qui sera valorisé pour produire de l’électricité ou du chauffage, soit en constituant un compost riche, permettant de restituer à la terre les éléments qui lui avait été prélevés.

  • Les différentes possibilités

Deux techniques de toilettes sèches se démarquent : Avec ou sans séparation des urines des fèces.

    Sans séparation, il consiste à ajouter une matière carbonée naturelle comme de la sciure, de la paille hachée, des feuilles sèches, etc. Une TLB, toilettes à litière bio aromatisée, peut prendre sa place à l’intérieur de l’habitation, car bien entretenue et correctement utilisée, elle ne génère pas plus d’odeurs qu’un WC à chasse. L’odeur des déjections est le résultat des réactions enzymatiques de décomposition qui génèrent des substances odorantes. Ces réactions démarrent spontanément, et commencent en fait déjà dans les intestins. Nos déjections (comme celles des animaux) sont composées de molécules de types protéines. On y trouve également des enzymes qui les décomposent, entre autres, en ammoniac, en sulfure d’hydrogène (gaz malodorants), en méthane, en dioxyde de carbone et en eau. Mises en contact en milieu humide avec de la cellulose d’origine végétale, les molécules de déjections s’associent avec la cellulose, de telle façon que les enzymes de décomposition n’y ont plus d’accès. La décomposition s’arrête et les odeurs n’apparaissent donc plus. Ce processus biochimique porte un nom : inhibition.

L’inconvénient principal de cette méthode est le volume de matière produit, accélérant fortement la vitesse de remplissage du réservoir des sanitaires, et constituant une importante quantité de matière à traiter.

toilettes_seches_pas-separation

Toilettes sèches sans séparation, à sciure de bois

   

    Avec séparation, l’objectif est de séparer les urines des fèces à la “source”. Soit avec 2 orifices intégrés à la cuvette des WC. Soit à l’aide d’un convoyeur mécanique et de la gravité. Cette technique  semble plus appropriée, surtout pour des installations à usage fréquent, car ses avantages sont les suivants :

  • Les urines constituant la majorité du volume peuvent être traitées séparément, par déshydratation ou par drainage, ce qui réduit considérablement la fréquence de vidange
  • Les matières fécales seules sont meilleurs candidates au compostage avec des vers (lombricompostage), ces derniers craignant l’ammoniac formé par les urines
  • Les urines sont stériles et peuvent être manipulées rapidement comme fertilisant (généralement après 6 mois)
  • La séparation limite le dégagement d’ammoniac et donc les odeurs

 

Ensemble toil convoyeur

Système de séparation liquides-solides de Satna

 

 

Sources :

1- site www.eaufrance.fr

2- site du CNRS www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/degradation/05_pollution.htm

3- Le rôle majeur de l’intercommunalité dans la gestion publique de l’environnement, IFEN, février 2005.